Les questions que vous vous posez légitimement sur la simulation Open Source

Vous utilisez peut-être Ansys, Abaqus ou COMSOL depuis des années. Vos équipes les maîtrisent, vos processus sont calés, vos clients acceptent les résultats. Envisager l'open source, même partiellement, soulève des questions légitimes.

Voici les plus fréquentes.

"Est-ce aussi précis qu'une solution commerciale ?"

Oui. Et ce n'est pas un acte de foi : c'est à la fois vérifiable et vérifiée.

Prenons l'exemple d'Avnir Energy, bureau d'études spécialisé dans le nucléaire. Leur enjeu : réduire leur dépendance aux licences propriétaires sans sacrifier la précision et la fiabilité de leurs simulations. Les calculs de supportages aux normes RCCM (nucléaire) sont des études complexes, exigeant un niveau d’incertitude très faible.

La démarche a été méthodique. D'abord, le développement de scripts de conversion pour traduire automatiquement les fichiers d'entrée Ansys au format code_aster, rendant la transition fluide. Ensuite, une vérification rigoureuse : même géométrie, mêmes conditions aux limites, comparaison systématique des résultats. Les écarts constatés entre les deux solveurs étaient minimes, de l'ordre de ce qu'on observe entre deux logiciels commerciaux concurrents.

Le bureau d'études polonais Fortlab Polska a suivi une démarche similaire. Avant d'adopter code_aster, l'équipe a mené « plusieurs tests sur des modèles réduits en comparant code_aster à d'autres solutions open source et à des logiciels propriétaires ». Conclusion : code_aster répondait à leurs exigences de précision pour des analyses dynamiques complexes : excitation non uniforme des appuis, modèles de matériaux avancés, que les solutions commerciales ne couvraient pas.

Ce résultat n'a rien de surprenant. Code_aster bénéficie d'un niveau de validation et vérification (V&V) que peu de logiciels, commerciaux ou non peuvent revendiquer. code_aster dispose en effet d'une base de plus de 4 000 cas-tests documentés, couvrant l'ensemble de ses fonctionnalités : mécanique linéaire et non-linéaire, thermique, contact, fatigue, dynamique, etc. Chaque nouvelle version est testée sur l’ensemble de cette base. Ainsi, une régression est immédiatement détectée.

C'est cette rigueur qui permet aujourd'hui à des bureaux d'études comme Avnir Energy, et tout industriel, de migrer vers l'open source en confiance_. _Cette rigueur de validation n'est pas un cas isolé français et ne se réduit pas à code_aster. NRG Pallas, au Pays-Bas, utilise également openTELEMAC pour ses études de dispersion en estuaire. Une validation indépendante de la robustesse du code dans un contexte réglementaire exigeant.

"Est-ce que c'est compliqué à installer ?"

« Dois-je disposer d’un doctorat en système Linux ? »

Bien entendu, on comme on installe une application sur son téléphone. Mais cela ne constitue pas un écueil insurmontable ou extrêmement couteux.

Concrètement, Simvia fournit des environnements pré-configurés et des installations packagées. Aether Engineering utilise ainsi « les images Docker et la solution Singularity mises à disposition par Simvia », ce qui leur permet de déployer code_aster aussi bien sur un poste local que sur un serveur ou via le web.

La timeline type d'une transition :

ÉtapeDurée
Installation et configuration1 à 2 jours
Formation initiale des équipes2 à 4 jours
Premiers calculs sur cas réels2 à 3 semaines
Autonomie sur les cas courants1 à 3 mois
Maîtrise avancée6 à 12 mois

Chez Holcim, l'adoption s'est faite de manière organique : "Le groupe a adopté SALOME et code_aster sur les recommandations de personnes en interne. En capitalisant sur leur connaissance et leur maîtrise de ces solutions, ces dernières ont formé progressivement d'autres personnes au sein du groupe."

"Qui appeler quand ça ne marche pas ?"

Les forums code_aster et code_saturne comptent des milliers de fils de discussion. Les réponses viennent d'ingénieurs EDF R&D, de chercheurs, d'autres industriels. Chaque échange est public et archivé, constituant une base de connaissances vivante. L'expérience de Holcim le confirme : pour une équipe qui ne peut pas toujours mobiliser de la formation spécialisée, la documentation communautaire et les forums constituent un atout majeur. (Voir le témoignage complet d'Arnaud Delaplace en partie IV.)

Simvia propose de plus un accompagnement contractualisé : assistance technique avec des temps de réponse garantis, correctifs prioritaires, aide à la résolution de problèmes complexes. C'est un support professionnel, dimensionné pour l'industrie et assuré par des ingénieurs expérimentés en modélisation et calcul scientifique.

La différence avec un support propriétaire classique ? Chez Simvia, les équipes qui répondent sont les mêmes qui connaissent le code de l'intérieur. Pas de niveau 1 qui lit un script, pas de ticket qui se perd dans une file d'attente anonyme.

"Mes équipes sauront-elles s'en servir ?"

Vos ingénieurs connaissent leurs outils actuels, leurs raccourcis, leurs pièges. Changer de logiciel, c'est perdre ces repères, au moins temporairement.

Mais cette inquiétude repose souvent sur une hypothèse fausse : que l'open source serait plus difficile à prendre en main qu'un logiciel commercial. En réalité, les concepts fondamentaux sont les mêmes. Un ingénieur qui maîtrise la mécanique des milieux continus, le maillage et les conditions aux limites sous Ansys retrouvera ces mêmes concepts sous code_aster. Ce qui change, c'est l'interface et la syntaxe, pas le métier.

Ce qui fait la différence, c'est l'accompagnement. Une migration réussie passe par :

  • Une formation initiale ciblée : un programme centré sur les cas d'usage réels de l'équipe. L'exemple d'Avnir Energy le montre : quatre sessions de deux heures ont suffi pour rendre une équipe autonome sur ses calculs de supportage.
  • Du mentorat opérationnel : un expert mobilisable à la demande pour débloquer les situations concrètes, relire les premiers modèles, oser aller plus loin, valider les pratiques et les résultats.
  • Des outils de transition : scripts de conversion, templates de fichiers d'entrée, bibliothèques de cas-tests adaptés au contexte métier. Tout ce qui réduit la friction des premiers jours.

Au bout de quelques mois, la plupart des équipes constatent qu'elles ont non seulement rattrapé leur niveau de productivité, mais gagné en compréhension de ce que fait réellement le solveur. Parce que l'open source, par nature, expose davantage la physique sous-jacente. C'est un investissement mais un investissement qui rend vos équipes plus compétentes.

C'est ce que confirme Ioannis Christovasilis d'Aether Engineering : « Le principal enjeu n'est pas financier, il est avant tout humain. L'adoption de solutions open source demande un important investissement en temps et en compétences. Mais cette approche permet de sécuriser un retour sur investissement qu'il n'est pas possible d'atteindre avec des solutions propriétaires : montée en compétences des équipes, développement de compétences transverses, gain de temps et de productivité

"Faut-il tout migrer d'un coup ?" / "Et nos modèles existants ?"

La plupart de nos clients commencent par un périmètre ciblé : un type de calcul, une équipe, un projet.. C'est exactement l'approche qu'a suivie Fortlab Polska : « Au départ, nous avons lancé plusieurs tests sur des modèles réduits en comparant code_aster à d'autres solutions. En parallèle, nous avons travaillé sur un script pour convertir nos propres modèles et automatiser le processus de création. » Une démarche méthodique qui leur a permis de valider leur choix avant de généraliser.

Des outils de conversion existent pour les principaux formats. Simvia peut également développer des scripts spécifiques. C'est ce qui a été fait pour Avnir Energy, avec des convertisseurs automatiques d'Ansys vers code_aster. La migration des modèles est un chantier, pas un mur infranchissable.

Certains clients ne migrent d'ailleurs jamais entièrement. C'est le cas chez Holcim : "Au sein du Groupe, nous utilisons des solutions et des applications propriétaires, ainsi que des applications open source comme code_aster et SALOME."

Comme nous aimons à le dire : l'open source ne vous enferme dans rien. Pas même dans l'open source.

"Si c'est si bien, pourquoi tout le monde ne l'utilise pas déjà ?"

Parce que le marché de la simulation a été structuré pendant trente ans autour du modèle propriétaire.

Les éditeurs commerciaux ont construit des écosystèmes puissants : interfaces soignées, formations certifiantes, réseaux de revendeurs, dans les cursus universitaires. C'est un héritage réel, et ces solutions continuent de répondre à des besoins légitimes.

Ce qui change, c'est le contexte. Les coûts de licence augmentent plus vite que les budgets. La dépendance à des éditeurs étrangers pose des questions de souveraineté que personne ne se posait il y a dix ans. Et les solutions open source ont atteint un niveau de maturité qui les rend viables pour un usage industriel quotidien.

Le mouvement est en cours. Des grands groupes aux PME innovantes, un nombre croissant d'acteurs font ce choix, non par idéologie, mais par pragmatisme industriel.

Ces logiciels seront-ils encore là dans 10 ans ?"

Investir dans une migration, former ses équipes, adapter ses processus… tout cela n'a de sens que si l'outil sera encore maintenu dans la durée. L'image d'Épinal de l'open source : des projets portés par des bénévoles passionnés sur leur temps libre, peut légitimement susciter des doutes sur la pérennité.

Mais les logiciels dont nous parlons ici n'ont rien de projets amateurs, ils sont développés depuis des décennies par EDF (parfois en consortium comme SALOME avec le CEA) et utilisés quotidiennement pour dimensionner des composants de centrales nucléaires des équipements dont la durée de vie se compte en décennies. EDF a un intérêt stratégique direct à maintenir et faire évoluer ces logiciels. Ce ne sont pas des « side projects » : ce sont des actifs industriels critiques_. _A ce titre, le groupe investit chaque année entre 3 et 5 millions d'euros dans le développement de chacun de ses codes, parfois complété par le financement d’un consortium.

Cet état de fait offre une garantie de pérennité que beaucoup d'éditeurs commerciaux ne peuvent pas revendiquer. Combien de logiciels propriétaires ont été abandonnés, rachetés, fusionnés au gré des consolidations du marché ? L'open source adossé à des acteurs industriels évite ce risque : même si un contributeur se retire, le code reste disponible, documenté, maintenable par d'autres.

Cette stabilité attire aussi le monde académique. L'université d'Aarhus au Danemark a intégré code_aster dans ses programmes de recherche en mécanique des structures. Un choix qui garantit à leurs doctorants de travailler sur un outil qu'ils retrouveront dans l'industrie, et dont ils peuvent explorer le code source. Quand une université fait ce pari, c'est un signal fort : elle mise sur un outil qui sera encore pertinent dans dix, vingt ans.

La vraie question n'est donc pas "L'open source sera-t-il encore là ?" mais plutôt "Votre éditeur actuel sera-t-il encore indépendant ?"